Saida Mohamed : la fondatrice qui digitalise la finance inclusive à Djibouti
Portrait de Saida Mohamed, cofondatrice d'une fintech djiboutienne qui met l'épargne et le microcrédit à la portée des femmes et des travailleurs informels.
Elle parle d’argent avec la précision d’une banquière et la passion d’une militante. Saida Mohamed, 34 ans, est cofondatrice de Sahaf Tech, une startup qui développe des solutions d’épargne et de microcrédit pensées pour les Djiboutiens restés à l’écart des services bancaires classiques.
Une trajectoire atypique
Après des études de mathématiques appliquées à Lyon, Saida rentre à Djibouti avec une conviction : « Le vrai goulot d’étranglement de notre économie, ce n’est pas la technologie, c’est l’accès. Les gens n’ont pas de compte, n’ont pas de garantie, et pourtant ils ont des projets. »
En 2023, elle lance une première application de tontine digitalisée avec deux associées. L’idée paraît simple : numériser les cycles d’épargne communautaire que des millions de femmes pratiquent déjà. Le succès dépasse leurs attentes.
Un modèle économique qui tient
Le modèle de Sahaf Tech repose sur trois pieds : des frais de transaction minimes, des partenariats avec des associations féminines locales, et une approche du risque basée sur la réputation sociale plutôt que sur le crédit bancaire classique.
Quand une femme épargne 1 000 DJF par semaine via notre plateforme, ce n’est pas une micro-opération. C’est la première fois qu’elle existe financièrement. C’est ça que nous vendons : l’existence économique.
Des résultats concrets
Deux ans après son lancement, Sahaf Tech revendique plus de 12 000 utilisatrices actives, un taux de remboursement de 96 % sur ses microcrédits, et des partenariats avec deux institutions financières djiboutiennes. La startup a été incubée au CLE et figure parmi les lauréates d’un appel à projets soutenu par le PNUD.
L’ambition, la suite
Pour Saida, la prochaine frontière est l’interopérabilité avec le mobile money — notamment D-Money — pour permettre à ses clientes de payer et d’épargner sans compte bancaire. « Nous ne voulons pas construire un jardin clos, mais un pont », résume-t-elle.
Un parcours qui illustre à merveille cette génération d’entrepreneurs djiboutiens que NODUS s’attache à valoriser : solide sur les fondamentaux, ambitieuse sur l’impact, et consciente que la tech n’est qu’un moyen au service d’une inclusion réelle.
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